Déclaration des socialistes français et allemands pour la Paix (Zimmerwald, 1915)

Début septembre 1915. Pour la première fois depuis le début de la Guerre, des délégations socialistes et ouvrières (officielles ou représentant des minorités au sein des partis socialistes officiels dans les pays où ils participent à l’Union sacrée) de tous les pays (dont les pays belligérants) se retrouvent et discutent. De cette conférence qui eut lieu à Zimmerwald, en Suisse, sont issus plusieurs textes, d’autant plus importants qu’ils sont les premiers à faire de nouveau entendre la voix, étouffée depuis l’été 1914, des socialistes pacifistes.

Nous publions ici notamment :

- la Déclaration franco-allemande commune aux socialistes et syndicalistes français et allemands (ci-dessous).

- le Manifeste que la Conférence publia en conclusion de ses travaux, intitulé Prolétaires d’Europe !

 

Déclaration franco-allemande commune aux Socialistes et Syndicalistes français et allemands.

Après un an de massacre, le caractère nettement impérialiste de la guerre s’est de plus en plus affirmé ; c’est la preuve qu’elle a ses causes dans la politique impérialiste et coloniale de tous les gouvernements, qui resteront responsables du déchaînement de ce carnage.

Les masses populaires furent entraînées dans cette guerre par l’«Union sacrée», constituée dans tous les pays par les profiteurs du régime capitaliste, qui lui ont donné Ie caractère d’une lutte de races, de défense des droits respectifs et des libertés. C’est sous l’impulsion de ces sentiments que, dans chaque pays, une très grande partie des forces ouvrières d’opposition ont été submergées par le nationalisme et, depuis, une presse aux ordres du pouvoir n’a cessé d’en accentuer le caractère.

Aujourd’hui, les chauvins de chaque nation assignent à cette guerre un but de conquête par l’annexion de provinces ou de territoires ; ces prétentions, si elles se réalisaient, seraient des causes de guerre future.

En opposition à ces ambitions, des minorités résolues se sont dressées dans toutes les nations, s’efforçant de remplir les devoirs affirmés dans les résolutions des Congrès socialistes internationaux de Stuttgart, Copenhague et Bâle. Il leur appartient, aujourd’hui plus que jamais, de s’opposer à ces prétentions annexionnistes et de hâter la fin de cette guerre, qui a déjà causé la perte de tant de millions de vies humaines, fait tant de mutilés et provoqué des misères si intenses parmi les travailleurs de tous les pays.

C’est pourquoi nous, socialistes et syndicalistes allemands et français, nous affirmons que cette guerre n’est pas notre guerre !

Que nous réprouvons de toute notre énergie la violation de la neutralité de la Belgique, solennellement garantie par les conventions internationales admises par tous les Etats belligérants. Nous demandons et ne cesserons de demander qu’elle soit rétablie dans toute son intégralité et son indépendance. Nous déclarons que nous voulons la fin de cette guerre par une paix prochaine, établie sur des conditions qui n’oppriment aucun peuple, aucune nation ;

Que nous ne consentirons jamais à ce que nos gouvernements respectifs se prévalent de conquêtes qui porteraient fatalement dans leur sein les germes d’une nouvelle guerre ;

Que nous oeuvrerons, dans nos pays respectifs, pour une paix qui dissipera les haines entre nations, en donnant aux peuples des possibilités de travailler en commun.

Une telle paix n’est possible, à nos yeux, qu’en condamnant toute idée, toute violation des droits et des libertés d’un peuple. L’occupation de pays entiers ou de provinces ne doit pas aboutir à une annexion. Nous disons donc : Pas d’annexions, effectives ou masquées! Pas d’incorporations économiques forcées, imposées, qui deviendraient encore plus intolérables par le fait consécutif de la spoliation des droits politiques des intéressés !

Nous disons que le droit des populations de disposer de leur sort doit être rigoureusement observé.

Nous prenons l’engagement formel d’agir inlassablement dans ce sens, dans nos pays respectifs, pour que le mouvement pour la paix devienne assez fort pour imposer à nos gouvernants la cessation de cette tuerie.

En dénonçant l’«Union sacrée», en restant fermement attachés à la lutte de classe, qui servit de base à la constitution de l’Internationale socialiste, nous, socialistes et syndicalistes allemands et français, puiseront la fermeté de lutter parmi nos nationaux contre cette affreuse calamité et pour la fin des hostilités qui ont déshonoré l’humanité.

Zimmerwald, septembre 1915.

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